Soutenance de thèse d’Evan Josselin: Les sciences citoyennes en pratique et en théorie: Analyse du projet Plankton Planet

josselin

📅 Le 9 décembre 2025 de 14h à 18h
📍 Institut Jean Nicod, 29 Rue d’Ulm, 75005 Paris (en anglais)

« Les sciences citoyennes en pratique et en théorie: Analyse du projet Plankton Planet », une thèse en philosophie des sciences qui vise à poser un fondement théorique aux sciences participatives (ou citizen science) en s’appuyant sur un cas de sciences participatives marines: Plankton Planet.

Résumé

Les sciences citoyennes (de l’anglais citizen science) sont un domaine en pleine expansion. Elles demeurent toutefois partiellement intégrées aux cadres normatifs de la science traditionnelle. Alors que la sociologie et la philosophie des sciences ont commencé à l’examiner — en abordant ses promesses, ses typologies et les enjeux liés à la qualité des données — il existe encore peu de cadres théoriques capables d’en saisir les particularités épistémiques. Cette thèse vise à combler cette lacune en interrogeant le statut des participant.e.s, les activités scientifiques qu’ils accomplissent, ainsi que les modalités d’interaction entre science citoyenne et science traditionnelle. Elle propose ainsi à la fois une analyse épistémologique de la science citoyenne et des pistes pratiques pour ses praticiens et praticiennes. En mobilisant le cadre pragmatiste de Dewey pour établir des ancrages conceptuels permettant de naviguer à travers la diversité des pratiques, disciplines et formes d’engagement propres à la science citoyenne, l’analyse se concentre sur une étude de cas approfondie : Plankton Planet, un projet dans lequel des marins, des étudiants de master engagés auprès de la Marine nationale française et des scientifiques collaborent à la collecte de données sur le plancton océanique à l’aide d’instruments scientifiques. En s’appuyant sur le cadre théorique de Hasok Chang, la thèse montre que les participant.e.s sont de véritables agent.e.s épistémiques : elles et ils s’engagent dans des activités complexes, exigeantes en compétences, mobilisant à la fois des capacités mentales et physiques ainsi qu’une forte adaptabilité. Un tel engagement remet en cause l’hypothèse conventionnelle selon laquelle la collecte de données constituerait une tâche simple, aisément déléguée au public. De plus, le statut des participant.e.s comme agent.e.s épistémiques amène à reconsidérer la qualité des données : ne disposant pas de toutes les capacités des scientifiques professionnels, ils ne peuvent être évalués selon le seul critère de l’exactitude experte. Je propose que la qualité des données soit plutôt évaluée à l’aune d’un critère de cohérence opérationnelle — c’est-à-dire de la mesure dans laquelle les données permettent des activités épistémiques ultérieures — et, plus spécifiquement, par la cohésion des processus de collecte de données qui prennent systématiquement en compte les vulnérabilités potentielles. Au-delà du constat selon lequel les participant.e.s sont de véritables agent.e.s épistémiques à part entière, la thèse insiste sur la nature fondamentalement collaborative de la science citoyenne et s’écarte de la conception individualiste de la production de savoirs chez Chang. À travers le modèle de Plankton Planet, elle met en évidence la multiplicité des niveaux de collaboration, l’hétérogénéité des objectifs et la division hiérarchisée du travail épistémique, qui rendent la collaboration en science citoyenne à la fois fragile et complexe sur le plan épistémique. Pour soutenir une production de connaissances réussie, trois conditions apparaissent essentielles : la confiance épistémique, l’existence de forums collectifs et des pratiques de soin. Ce cadre reconçoit la science citoyenne comme une forme de co-production, dans laquelle participants et scientifiques s’engagent de manière itérative et collective, plutôt que de fonctionner selon une division linéaire et undirectionnelle du travail épistémique.

Jury de thèse

  • Valeria Giardino (directrice de thèse)
  • Colomban de Vargas (co-directeur)
  • Anouk Barberousse et Kevin C. Elliott (rapporteurs)
  • Stéphanie Ruphy, Sabina Leonelli et Jean-Olivier Irisson (examinateurs)