Soutenance de thèse de Tristan Martin: Impact du changement climatique sur les vents estivaux en Arctique, et leurs conséquences écologiques et sociétales

tristan martin

📅 le 15 décembre 2025, à 14h

📍Amphithéâtre Balard, campus CNRS Délégation régionale Occitanie Est, Bâtiment chimie Balard recherche,1919 route de Mende, 34090, Montpellier

Impact du changement climatique sur les vents estivaux en Arctique, et leurs conséquences écologiques et sociétales

Résumé:

L’Arctique se réchauffe près de quatre fois plus vite que le reste de la planète. Ce réchauffement sans précédent transforme profondément les conditions environnementales. Les zones côtières, essentielles à la biodiversité et aux activités humaines, sont en première ligne de ces changements. Parmi les principales conséquences attendues dans ces régions figurent des modifications des régimes de vent estivaux et une augmentation de la fréquence des tempêtes. Le vent joue un rôle central dans le fonctionnement des socio-écosystèmes côtiers arctiques, et la période estivale revêt une importance particulière dans cette région. En raison de l’abondance saisonnière des ressources, l’été est crucial pour les oiseaux marins et correspond à leur saison de reproduction, mais aussi aux activités humaines qu’il rend possibles. Dans ce contexte, ce projet de doctorat développe un cadre conceptuel pour explorer l’avenir commun entre les communautés côtières et les oiseaux marins face à l’évolution des conditions estivales de vent. Notre cadre interdisciplinaire relie la science du climat, les méthodologies d’analyse linguistique et l’écologie des oiseaux marins pour étudier les trajectoires futures des populations côtières et des oiseaux marins. Dans un premier temps, à l’aide de données de modélisation climatiques à grande échelle, nous avons calculé les tendances à long terme de la moyenne et de l’écart-type de la vitesse des vents estivaux pour l’ensemble des zones côtières de l’Arctique. Notre analyse révèle une augmentation de la vitesse moyenne du vent et de sa variabilité dans la majeure partie de l’Arctique depuis 1980, entraînant une fréquence accrue d’événements de vent fort. Bien que cette approche à grande échelle soit essentielle pour appréhender les changements climatiques, elle présente des limites et néglige souvent d’autres formes de savoirs à différentes échelles spatiales et temporelles. Dans un second temps, pour combler ces lacunes, nous avons utilisé une approche complémentaire centrée sur la perception du changement climatique par les institutions arctiques. Nous avons ainsi analysé l’usage du terme « vent » dans les textes produits par le conseil de l’Arctique, qui opère à l’interface entre science et politique. Nos résultats montrent que depuis le début des années 2000, le « vent » est redéfini, passant d’un paramètre naturel ou technique à un indicateur ou symptôme du changement climatique. Nous avons également constaté que le vent est sous-représenté dans les contextes impliquant des êtres vivants, humains ou non-humains, par rapport à son évocation dans le cadre de l’environnement non vivant. Cela souligne la nécessité d’une compréhension holistique des changements du vent et de leurs conséquences écologiques et sociales. Enfin, en analysant une vaste base de données de suivi GPS de cinq espèces d’oiseaux marins arctiques aux traits fonctionnels contrastés, nous avons démontré que les vents forts ont des effets notables sur le comportement de recherche alimentaire. De telles modifications comportementales conduisent souvent à des impacts sur la valeur sélective des individus. En effet, à partir d’une étude à long terme sur le mergule nain (Alle alle), l’oiseau marin le plus abondant de l’Arctique et un indicateur écologique clé des écosystèmes côtiers, nous avons montré que les ajustements comportementaux liés aux épisodes de vents forts, ont des effets négatifs sur le taux de croissance des poussins et la condition corporelle des adultes.  Ainsi, nos résultats confirment le statut des oiseaux marins comme sentinelles des socio-écosystèmes côtiers face au changement climatique en arctique. Ensemble, ils montrent que les humains et les non-humains de l’Arctique suivent des trajectoires conjointes sous l’effet des changements des régimes de vent. Reconnaître cet avenir commun constitue un levier puissant de sensibilisation collective et devrait être intégré aux stratégies de gestion adaptative.

Jury de thèse:

Rapporteurs :

Sophie Bourgeon, Profeseure à UiT, The Arctic University of Norway, Tromsø, Norvège

Fabrizio d’Ortenzio, Directeur de recherche au  Laboratoir d’Océanographie de Villefranche, LOV, Villefranche sur mer, France

Examinatrice :

Sarah Cubaynes, Maître de conférence au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, CEFE, Montpellier, France

Directeur de Thèse :

David Grémillet,  Directeur de recherche au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, CEFE, Montpellier, France

Membre invités : 

Fabrice Ardhuin,  Directeur de recherche au LOPS, Laboratoire d’Océanographie physique et spatiale, Brest, France

Marie Chandellier Postdoctorante en science du langage au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, CEFE, Montpellier, France